Joanna Russ

 

Bien qu'elle enseignât la littérature, Joanna Russ, née en 1937 à New York, portait suffisamment d'intérêt à la science, notamment à la biologie, pour considérer la science-fiction sous un jour favorable. Elle en a même fait son parti afin d'exposer ses convictions féministes, qu'elle a élaborée ultérieurement dans des essais. Lesbienne affichée, elle a revendiqué un radicalisme à une époque où il n'était pas qu'une posture. Son acte fondateur, L'autre moitié de l'homme, a tout de même mis quatre ans à trouver un éditeur.

Roman

Date

Intérêt

Divertissement

L'autre moitié de l'homme (The Female Man)

1975

14/20

12/20

Roman paru chez Ailleurs et Demain et chez Pocket (n5197), traduit par Henry-Luc Planchat.

Issu de l'effervescence des années 1970, ce roman adopte une structure complexe et survoltée où se mêlent dans un tourbillon au rythme irrégulier les pensées et le destin de quatre femmes. Une d'elles, Joanna, reflète simplement l'auteur et donc le monde actuel. Une autre, Janet, vit sur la planète Lointemps, dans un avenir où les hommes ont totalement disparu. La troisième, Jeannine, est une bibliothécaire souffre-douleur d'une société plus machiste que la nôtre, une uchronie qui aurait conservé l'esprit des années trente faute de seconde guerre mondiale. La quatrième, Jael, n'intervient que tardivement pour illustrer plus frontalement la guerre des sexes.

Ce grand classique de la science-fiction féministe ne se départit pas de la nature excessive voire manichéenne du pamphlet. Russ fait partager une émotion contagieuse quand elle décrit le mal-être de femmes confrontées aux tabous ou aux modèles imposés oppressants de la société, mais ces moments de sincérité sont un peu noyés dans l'outrance de la diatribe agressive qui cloue au pilori "l'autre moitié de la femme", en rendant les mâles responsables y compris de conventions sociales qu'ils subissent eux aussi. Ce pourrait être un juste retour de bâton pour un genre, la science-fiction, où les personnages féminins n'ont souvent eu historiquement qu'un rôle de faire-valoir ingrat et désincarné : les hommes connaissent le même sort ici.

Ce "méta-texte" conscient de sa portée contient de véritables morceaux de bravoure, comme les extraits de sa propre critique et surtout ce formidable paragraphe final qui définit sa propre échéance, dans un effet-miroir renvoyé sur le lecteur, seul juge de sa caducité éventuelle.

 

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