Jacques Sternberg (1923-2006)

 

Son père, diamantaire anversois, a été gazé en 1943 au camp d'extermination de Majdanek. Cela fait déjà une bonne raison de devenir misanthrope et nihiliste. Jacques Sternberg a claqué la porte de l'usine d'emballage où il travaillait et a quitté la Flandre pour Paris (une étonnante similitude avec le parcours de son compatriote belge Jacques Brel). Celui qui disait n'être "jamais entré dans un bureau sans [se] demander comment [s']en échapper" y exercera tous les métiers de plume.

Son style grinçant, glacial, sans compassion pour l'humanité ou pour la vie, s'exprime le mieux dans les textes courts, avec une chute cinglante. Il a ainsi écrit plus de mille nouvelles, avec une prédilection pour le fantastique et l'humour noir. Toutes témoignent de sa méfiance, voire de son aversion, pour l'ensemble des valeurs portées par la société.

L'anarchiste viscéral, ne trouvant la paix que sur son vénérable solex ou à bord de son voilier, ne s'est en pas moins trouvé des pairs. Il a souvent lié connaissance au café de Flore. Il a participé à Hara-Kiri, forcément, et a été le directeur d'une revue nommée Mépris, pour laquelle collaborait notamment son ami Topor.

Titre

Date

Intérêt

Divertissement

La sortie est au fond de l'espace

1956

13/20

12/20

Roman publié chez Présence du futur (n15).

Les microbes se mettent à grossir inexplicablement dans toutes les canalisations d'eau potable et obligent l'homme à fuir les villes. Rien de notre civilisation ne résiste à cette prolifération, sinon quelques techniciens efficaces organisés par un guide adepte de l'ordre. Son but, quitter cette Terre devenue invivable et faire partir les survivants qu'il est possible d'emmener dans des fusées. Ils s'envolent dans leur rêve de fer... mais où pourront-ils atterrir ?

Il s'agit du premier roman de science-fiction de Jacques Sternberg, et cette étiquette appelle quelques réserves. D'une part, la science-fiction n'est chez lui qu'un prétexte pour exprimer son dégoût des vanités illusoires et des convenances, pour remettre à sa place notre petit monde. La véracité scientifique ou la logique lui sont étrangères. D'autre part, le roman n'est pas la forme littéraire qu'il préfère, lui qui ne cessera de faire l'éloge de la nouvelle. Ce texte lui donne un argument de poids : le défaut qu'il prête aux romans, le radotage épuisant, commence à poindre dans ce texte qui vaut tout entier par sa conclusion brutale, assurément une belle claque. Ode à la purification.

 

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