John Wyndham (1903-1969)

 

Wyndham est le lien entre deux générations de la science-fiction britannique, le grand ancien Wells d'un côté et les rénovateurs Ballard ou Priest de l'autre. Il s'est inspiré du premier, et ses successeurs l'ont ensuite cité à son tour comme un modèle tenu en haute estime.

Il est aussi un des auteurs à avoir connu la transition entre deux mondes totalement différents, pour la science-fiction comme plus généralement pour le rapport à l'avenir de la société. Entre ces deux périodes, la rupture brutale de la Seconde Guerre Mondiale. Il n'a pas vécu le traumatisme des combats (quarantenaire à cette date, il a travaillé à la censure puis au chiffre), mais il a partagé le sentiment que le monde serait à jamais changé. Dans l'entre-deux-guerres, il vendait des récits d'horreurs ou de SF aux pulps via un agent américain. Lorsqu'il se remet à écrire après le conflit, sa production n'a plus rien à voir. Son style a mûri, ses préoccupations se sont affinées, et ses doutes sont désormais en phase avec son époque.

La plupart de ses romans d'alors s'inscrivent dans une veine de science-fiction catastrophiste. Elle est surtout pour Wyndham une manière d'aller à l'encontre du conservatisme et d'obliger les gens à se remettre en question : "Nous sommes trop enclins à penser que rien ne change, et je ne peux pas accepter cette forme de complaisance qui tend à croire que ce qui a déjà été établi est bon pour toujours."

Romans

Date

Intérêt

Divertissement

Le jour des triffides (The Day of the Triffids)

1951

15/20

16/20

Roman paru chez Terre de brume et dans la collection Folio SF (n267). Traduction de Marcel Battin révisée par Sébastien Guillot.

Bill Masen travaille dans la culture des triffides, ces mystérieux végétaux carnivores qui marchent, sujet de curiosité pour quelques-uns, plante d'agrément inoffensive sous contrôle pour beaucoup, mais surtout source d'huile précieuse pour sa Compagnie. La seule menace de cette plante est connue et supposée maîtrisée : son long dard empoisonné qui peut piquer, et en particulier les yeux. Masen en a été victime, et c'est pourquoi il se retrouve pendant une semaine à l'hôpital, les yeux bandés, en attendant de savoir s'il en gardera des séquelles. Pendant ce temps, le monde entier ne parle plus que de débris de comète qui font du ciel un merveilleux spectacle lumineux. Le pauvre héros, aveugle de circonstance, rumine de rater cet évènement "à voir à tout prix", mais lorsqu'il se réveille le mercredi matin sur son lit d'hôpital, dans l'admirable scène d'ouverture du roman, il découvre qu'il a recouvré la vue mais que ce sont les autres qui ont perdu la leur...

Certains classiques de la science-fiction ne se lisent aujourd'hui plus que comme des documents d'époque, pour ce qu'ils nous apprennent sur la Weltanschauung de leur temps. Le jour des triffides n'est pas de ceux-là. Il a plus d'un demi-siècle mais n'a presque pas pris une ride. Bien sûr, il n'existe pas de roman intemporel, et celui-ci dévoile des indices de son âge : il est très préoccupé par le début de la guerre froide et de la course aux armes et à l'espace, et la place des femmes permet aussi une datation sans ambiguïté, même si l'auteur annonce déjà en filigrane la révolution des murs.

Cela ne l'empêche cependant pas de se lire avec un intérêt constant, tant l'essentiel de son propos est judicieux. Il pose des questions cruciales sur la survie de l'espèce, autant en termes pratiques qu'éthiques. Objectifs à court ou à long terme, devenir des structures familiales, forme de pouvoir, taille critique, entraide, place des handicapés : aucun problème n'est tabou chez Wyndham, et ils sont tous traités avec une écriture alerte, un ton juste et une narration captivante. Un monument - classé - du roman apocalyptique.

 

Retour au sommaire