Olivier Paquet

 

Diplômé en sciences politiques, ce passionné de science-fiction et d'animation japonaise a décidé de franchir le pas pour devenir écrivain. Après quelques nouvelles remarquées, il a réussi cette gageure en obtenant la confiance de Jacques Chambon qui a publié son premier roman. Hélas, le directeur de collection - vétéran de la SF française - qui avait fait ce pari audacieux est mort deux jours avant la date de sortie du livre en avril 2003.

Roman

Date

Intérêt

Divertissement

Structura Maxima

2003

12/20

12/20

La Structure, monde clos à l'origine inconnue, est un immense enchevêtrement de poutres et de niveaux, mais est aussi une société elle-même structurée par l'antagonisme fondamental entre les Vapeuriers, qui bichonnent leurs Chaudières exploitant l'énergie du magma comme autant de bijoux technologiques, et les Poutrelliers, ces habiles habitants des cimes qui veillent à l'entretien de la structure et au culte de la divinité Valladolis. Or, Jehan Mégare, le fils du Grand Maître de la Vapeur, décide de renier son statut social de naissance pour rejoindre le camp d'en face, possibilité admise en théorie mais si rare en pratique. Et il va ainsi se retrouver tiraillé par une guerre qui menace l'équilibre entier de la structure, à l'heure où celle-ci pourrait enfin faire face à son mystère des origines et oser percer la paroi pour explorer l'extérieur.

Ce roman est conçu comme un hommage au Futurisme, ce courant pictural italien du début du XXe siècle qui chantait les louanges de l'automobile et de la vitesse, vouait aux gémonies l'art classique et le passé, et préconisait la guerre "seule hygiène du monde" et le mépris de la femme... Les textes de ce mouvement, à l'exemple de la revue Poesia fondée par le grand argentier du futurisme et futur allié du fascisme Martinetti, occupent ainsi une place prépondérante dans l'œuvre puisqu'ils sont récupérés politiquement comme le sont ceux - pourtant bien différents - du Dr. Martine dans Limbo (je ne sais si cette étrange coïncidence patronymique a été remarquée par Paquet). Et le narrateur héros fait lui-même la synthèse des failles de ces théories qui ont mené au pire : "Nos souvenirs peuvent préserver nos futurs. Répéter le passé, désirer le futur, toutes ces théories sont des erreurs parce qu'elles sont faciles. Assumer son passé, construire pour l'avenir, personne n'en connaît les règles, mais tant que subsiste le lien, l'équilibre, l'action est possible." Brunner ne disait pas autre chose lorsqu'il écrivait simplement : "Il y a deux sortes d'imbéciles : ceux qui disent 'c'est ancien donc bon' et ceux qui affirment 'c'est nouveau donc meilleur'."

Mais le futurisme n'est pas la seule référence de ce roman qui en est truffé. Et encore, je passe sur les influences des mangas et de la littérature japonaise, domaine où je confesse ma totale inculture. On est à peine entré dans le roman que l'on songe déjà au Monde Inverti, les similitudes étant nombreuses entre ces structures artificielles aux sociétés régentées par des castes et au contexte mystérieux. Au coin d'une poutrelle, on finit aussi forcément par songer à ENtreFER. Et à force de se dire tout de suite combien le chef-d'œuvre de Priest était formidable et de se rappeler avec nostalgie sa lecture, le roman d'Olivier Paquet peine du coup à soutenir la comparaison. Allons ! Un bon Futuriste dirait au jeune écrivain de se débarrasser avec orgueil de la "gangue hideuse" qu'est la "tutelle prolongée" de ses aînés croulants, et cela pourrait effectivement lui permettre de faire preuve de plus d'originalité en occultant ses références culturelles. Ceci dit, ensuite, ce Futuriste de bon conseil pourrait se mettre en tête de se chauffer les mains sur le feu des livres carbonisés de ma bibliothèque, et là, il se pourrait que je ne sois plus d'accord, par Saint Bradbury !

 

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